Antoine CARON (attribué à)
(Beauvais, 1522 - Paris, 1599)
Étude de costume
Lavis brun sur traits de pierre noire
33,50 x 23 cm
Cadre Bérain d’époque Louis XIV (50 x 40 cm)
Filigrane : « Robert Grivel » dans un cartouche surmonté d’une fleur de lys (Briquet n° 13218)
Notice de l'œuvre
Provenance :
- Paris, hôtel Drouot, Me Leroy, 22 décembre 2006, lot 18 (comme « École de Fontainebleau »)
- Londres, Christie's, 9 juillet 2009, lot 601 (comme « seconde École de Fontainebleau »)
- Paris, Artcurial, 22 novembre 2023, lot 2 (comme « seconde École de Fontainebleau »)
Bibliographie :
- Dominique Cordellier, L’Art de la fête à la cour des Valois, catalogue de l’exposition, sous la direction d’O. Beaufils et de V. Droguet, Château de Fontainebleau, 2020, p. 215 (cité)
- Matteo Gianeselli, « Antoine Caron et le caronisme : aux sources de la préciosité ? », dans Littérature précieuse et Beaux-Arts, influences croisées, actes du coll., sous la direction de N. Sainte Fare Garnot, Salles-la-Source, 2025, p. 94, note 26, p. 104 (cité)
Exposition :
Paris, Salon du Dessin 2025, Galerie Tarantino. Publié par la presse :
Une feuille, initialement anonyme, à rendre à Antoine Caron
Apparue plusieurs fois sur le marché de l’art comme « École de Fontainebleau » puis comme « seconde École de Fontainebleau », cette spectaculaire étude de costume est à rendre à Antoine Caron. En 2020, Dominique Cordellier se propose de rapprocher notre feuille d’un groupe de dessins de costumes attribués à l’artiste(1). Il fonde son intuition sur « son étroite ressemblance »(2) avec le Guerrier Exotique (ill. 1) conservé au Nationalmuseum de Stockholm et donné à Antoine Caron par Jean Ehrmann (1986)(3) et Frédéric Hueber (2018)(4).

Guerrier Exotique
Pierre noire - 36,5 x 21,2 cm
Stockholm, Nationalmuseum (84/1874 : 160)
Il nous apparaît en effet évident que les deux dessins sont de la même main. Au-delà de la pose et de la gestuelle des figures, relevons le même traitement schématique des mains, le même usage de la pierre noire avec cette façon caractéristique de doubler, d’une écriture quelque peu hésitante, les traits figurant les éléments du costume.
Parmi ce même corpus à rapprocher de notre feuille, relevons également le Guerrier à l’antique couronné de pampres (ill. 2), également conservé au Nationalmuseum de Stockholm.

Guerrier à l’antique couronné de pampres
Pierre noire, plume et encre brune, lavis d’encre brune et rouge - 35,5 x 22,4 cm
Stockholm, Nationalmuseum (84/1874 : 158)
Outre les similitudes morphologiques et stylistiques déjà citées, il est intéressant de noter, dans les deux feuilles, un subtil jeu entre la pierre noire et le lavis pour obtenir des teintes plus sombres au niveau des cavités, comme les yeux, la bouche ou encore le cou (ill. 3).

En 2025, Matteo Gianeselli, conservateur au Musée national de la Renaissance et commissaire de l’exposition « Antoine Caron (1521-1599) - Le théâtre de l’Histoire », appuie cette hypothèse en suggérant d’inclure notre feuille dans le corpus des études de costumes d’Antoine Caron, estimant qu’elle « a de bonnes chances de lui revenir »(5). Il rejoint également notre analyse en estimant qu’un dessin conservé dans un recueil de la BNF (Manuscrit Rothschild 1460, f. 37, n° 213) est une copie du nôtre.
Un témoignage unique des fastes de la Renaissance française
Notre dessin, sans aucun doute préparatoire à un costume de fête, s’inscrit dans une pratique et une tradition esthétique dont les canons ont été définis par Rosso (1495-1540) et le Primatice (1503-1570), puis prolongés par Nicolò Dell'Abate (1509-1571).
Dès François Ier, la maison Valois organise de fastueuses célébrations qui, bien plus que de simples divertissements, étaient de véritables armes politiques et diplomatiques destinées à asseoir le pouvoir et le rayonnement de la famille à travers l’Europe. Conformément au goût maniériste de l’époque où l’on vise à la fois l’insolite, l’étrange et la séduction, ces fêtes se doivent de déployer une inventivité constante servie par un luxe tapageur. Les peintres de cour conçoivent et dessinent alors les modèles de ces extravagantes mises en scène et leurs lots de machines, décors et costumes.
Antoine Caron, formé à Fontainebleau dans l’atelier du Primatice puis de Nicolò Dell'Abate, est nommé peintre de la cour d’Henri II en 1561. À ce titre, il est responsable de l'organisation des fêtes pour lesquelles il crée et dessine de nombreux modèles. Il conserve ces fonctions et la confiance des souverains successifs jusqu’à sa mort, sous le règne d’Henri IV, pour qui il organise ses noces avec Marguerite de Valois.

Portrait d’Antoine Caron, 1592
Pierre noire, sanguine, craies de couleur et estompe - 34,9 x 24,9 cm
Paris, BNF, (rés. Na-22 (4)-boîte écu, ESTNUM-36024)
Non relevé lors des différents passages en ventes publiques, le filigrane de la feuille (ill. 5), portant le nom « Robert Grivel » inscrit dans un cartouche surmonté d’une fleur de lys, correspond parfaitement au Briquet n° 13218. Ce filigrane est recensé en France entre 1566 et 1612(6), période parfaitement compatible avec les fêtes connues pour lesquelles Antoine Caron était le peintre attitré et a dessiné des costumes. Citons, à titre d’exemples, les festivités de septembre 1573 en l’honneur de l’élection d’Henri de Valois au trône de Pologne et de Lituanie(7) ou les nombreux ballets de 1581 pour célébrer les noces du duc de Joyeuse(8).

Si nous savons qu’Antoine Caron a fourni de nombreux modèles pour les fêtes des Valois, très peu de ses dessins de costumes nous sont parvenus. À ce titre, notre feuille constitue un témoignage unique : il s’agit de la seule des dix-neuf feuilles connues encore en main privée(9). C’est également la seule à ne pas avoir été découpée et collée dans un album.
Encadrement et rapport d’état
Notre feuille est montée à fausse marge, présentée dans un montage dans le goût de Mariette et encadrée dans un élégant cadre Bérain d’époque Louis XIV. La feuille est en bon état et ne présente pas de défaut notable.

(1) Ces études, toutes de tailles comparables avec la présente feuille, sont réparties entre le musée du Louvre (département des Arts graphiques, collection Rothschild, 1673 DR, 1675 DR, 1694 DR), la Bibliothèque Nationale de France (Manuscrits, Rothschild 1460, f. 3 n° 19 et 24, f. 8 n° 61, f. 10 n° 81), le Nationalmuseum de Stockholm (84/1874 : 90 ; 84/1874 : 154 ; 84/1874 : 155 ; 84/1874 : 156 ; 84/1874 : 157 ; 84/1874 : 158 ; 84/1874 : 159 ; 84/1874 : 160 ; 84/1874 : 161 ; 84/1874 : 162) et le Theatermuseum de Munich (III 4207)
(2) D. Cordellier, L’Art de la fête à la cour des Valois, p. 215
(3) J. Ehrmann, Antoine Caron : peintre des fêtes et des massacres, Paris, 1986, p. 215
(4) F. Hueber, Antoine Caron, Peintre de ville, peintre de cour, 1521-1599, Rennes, 2018, p. 276
(5) M. Gianeselli, « Antoine Caron et le caronisme », dans La ville en fête à la Renaissance, p. 94, note 26, p. 104
(6) Briquet, Les Filigranes, vol. 4, p. 655
(7) W. McAllister Johnson, L’École de Fontainebleau, catalogue de l’exposition au Grand Palais, Paris, 1972, cat. 46
(8) F. Hueber, Antoine Caron, Peintre de ville, peintre de cour, 1521-1599, Rennes, 2018, p. 272
(9) Voir note 1