Giovanni Battista PAGGI
(Gênes, 1554-1627)
Étude de cavaliers
Pierre noire, plume et encre brune - 18,5 x 24 cm
Filigrane : Probablement le Briquet 3255, Gênes 1600
Cadre bérain d’époque Louis XIV - 39,5 x 32,3 cm
Nous remercions chaleureusement Jonathan Bober d’avoir confirmé l'attribution à Giovanni Battista Paggi. Historien de l’art et ancien conservateur (Blanton Museum d’Austin, National Gallery de Washington), il a publié de nombreux travaux sur le dessin génois.
Notice de l'œuvre
Une étude dynamique
D’un tracé libre et synthétique, le dessin représente deux cavaliers entremêlés. Le premier, de profil, monte un cheval cabré dessiné en raccourci. Le second, placé derrière lui, apparaît le buste de trois-quarts et le visage de face, tandis que seuls le haut de la tête et l’arrière-train de sa monture sont partiellement visibles. L’encre brune est appliquée sur un dessin sous-jacent rapidement exécuté à la pierre noire. Les figures sont rendues par une plume précise et aiguë, dans une écriture à la fois minutieuse et bouillonnante qui retranscrit la puissance des chevaux et la fermeté du geste des cavaliers tenant leurs rênes.
Les physionomies typiques des personnages, le style graphique particulier et aisément identifiable du dessin ainsi que la provenance du papier (il comporte un filigrane génois vers 1600, probablement le Briquet 3255) ne peuvent désigner qu’un seul auteur : Giovanni Battista Paggi.
Le fait que les deux cavaliers adoptent une tenue et une pose parfaitement identiques, et qu’ils soient dessinés de manière imbriquée, suggère qu’il pourrait s’agir d’une étude d’un même cavalier vu sous deux angles différents. La feuille n’ayant pu être mise en relation avec une œuvre finale connue, il demeure toutefois impossible de déterminer avec certitude la nature exacte de ces deux figures. Il est, par ailleurs, intéressant de noter la forte proximité de nos cavaliers, aussi bien dans leur posture que leur habillement, avec le Portrait équestre de Giovanni Carlo Doria (ill. 1), mécène de Paggi, peint par Rubens à Gênes en 1606.

1606, Gênes, Galleria nazionale di palazzo Spinola
Giovanni Battista Paggi : figure centrale de l’école génoise
Issu d’une lignée de riches marchands génois et initialement destiné à reprendre les affaires familiales, Giovanni Battista Paggi devient pourtant l’un des peintres génois les plus influents au tournant des XVIe et XVIIe siècles(1). Alors qu’il mène des études de mathématiques et de commerce, il apprend, en autodidacte passionné, la peinture et la musique (son biographe Raffaele Soprani (1612-1672) fait de lui l’inventeur du théorbe, une sorte de grand luth). Il fréquente alors Luca Cambiaso (1527-1585) auprès de qui il cultive son don pour le dessin. Ce n’est qu’à la mort de son père Pellegro qu’il s'installe officiellement comme peintre.
En 1579, il tue un jeune noble en légitime défense et est banni de Gênes. Il se rend alors à Pise puis à Florence, villes où, notamment grâce au patronat du grand-duc François Ier de Médicis, il obtient de nombreuses commandes et rencontre un vif succès. En 1590, il rentre brièvement à Gênes sous la protection de la famille Doria pour qui il exécute plusieurs œuvres. Il use alors de sa renommée et de son influence pour militer pour la libéralisation de la profession de peintre, encore liée à la corporation des doreurs(2).
Il se réinstalle définitivement dans sa ville natale en 1599. Apportant les pratiques et les techniques des ateliers florentins et maintenant des liens étroits avec ses commanditaires toscans, il s’impose comme une figure clé de la peinture génoise et forme de nombreux jeunes artistes. Parmi les plus illustres, citons Giulio Benso (1592-1668), Castellino Castello (1589-1659) ou Giovanni Domenico Cappellino (1580-1651).
Encadrement et rapport d’état
Notre feuille est présentée dans un montage dans le goût de Mariette et encadrée dans un élégant cadre Bérain d’époque Louis XIV. La feuille est en bon état et ne présente pas de défaut notable.

(1) F. Mancini, dans L’Œil et la passion. Dessins italiens de la Renaissance dans les collections privées françaises, cat. exp., Caen, Musée des Beaux-Arts, 19 mars–20 juin 2011, sous la direction de P. Ramade (commissariat général) et C. Monbeig Goguel (commissariat), Paris, 2011, p. 184
(2) F.R. Pesenti, La pittura in Liguria. Artisti del primo Seicento, Gênes, 1987, pp. 9-11