Jacques STELLA (Lyon, 1596 - Paris, 1657)
Saint Paul martyr
Plume et encre brune, lavis gris
15,3 x 13 cm
Cadre d'époque Louis XIV (37,2 x 33,4 cm)
Notice de l'œuvre
Provenance :
- Collection non identifiée de la seconde moitié du XVIIIe siècle (paraphe L. 2956, en bas à droite du montage)
- Collection particulière parisienne, acquis lors d’une vente anonyme toulousaine, le 4 juin 1996
Un dessin raffiné, emblématique de la manière tardive de Stella
L’artiste représente ici Saint Paul recevant d’un putto la couronne et la palme du martyre. Aisément identifiable par ses attributs traditionnels (sa tenue de légionnaire et son épée, instrument de son martyre), le saint occupe la quasi-totalité de la composition. On devine, en fond, un décor à l’antique qui renvoie explicitement à la Rome du Ier siècle, lieu de sa décollation. Son visage, irradié par un halo de lumière divine et sa main droite, posée sur sa poitrine, expriment un mélange d’extase contenue et d’apaisement : il embrasse sa condition de martyre et est prêt à accéder au royaume céleste.
D’une grande fraîcheur, notre feuille est exemplaire du style de Jacques Stella : synthèse entre rigueur poussinesque et douceur italienne. Remarquons qu’elle a été passée au stylet, technique alors courante pour reporter un dessin sur un autre support (gravure ou tableau). Si l'œuvre finale n’a pu être retrouvée, d’un point de vue stylistique, nous pouvons dater notre dessin des années 1645-1655, époque de la grande suite de « La vie de la Vierge » (ill. 1).

Le mariage de la Vierge (1645)
Huile sur toile, 364 x 354 cm
Toulouse, musée des Augustins
Notre œuvre s'apparente en effet grandement à la manière des dessins préparatoires à cette suite(1) (exemple en ill. 2), caractérisée par un trait sûr, une lumière élégante et une physionomie masculine très marquée, proche de notre Saint Paul (ill. 3).

La fuite en Égypte
Crayon noir, plume et encre brune, lavis gris
rehauts de gouache blanche. 35,1 x 26,5 cm
New York, Metropolitan Museum of Art

Jacques Stella, peintre de Louis XIII
Éminent peintre du Grand Siècle français, Jacques Stella est issu d’une illustre famille d’artistes lyonnais. Après une formation dans sa ville natale, dont on sait peu de choses, il part s’établir à Florence, de 1616 à 1621, où il travaille pour la cour de Cosme II de Médicis.

Autoportrait (1645-1650)
Huile sur toile, 84,5 x 68,5 cm
Lyon, musée des Beaux-Arts
Il s’installe ensuite à Rome, de 1622 à 1634. C’est véritablement durant cette période qu’il acquiert sa maturité de peintre et rencontre ses premiers grands succès. Il s’intègre rapidement au milieu artistique romain et côtoie nombre des plus grands artistes de son temps. Nommons, entre autres, Simon Vouet, Claude Vignon, Artemisia Gentileschi, Pierre de Cortone, le Bernin et Nicolas Poussin avec qui il se lie d’amitié. Il honore des commandes pour les plus hauts mécènes, notamment le cardinal Scipion Borghèse et le pape Urbain VIII. Dans les œuvres de Stella produites à cette époque, citons Le Christ en croix et sainte Madeleine conservé au Louvre (ill. 5), qui traduit les influences croisées du bouillonnement artistique de la Rome d’alors, entre caravagisme, maniérisme finissant et classicisme bolonais.

Le Christ en croix et sainte Madeleine (vers 1625)
Huile sur cuivre, 33,4 x 24 cm
Paris, Musée du Louvre
En 1634, il rentre à Lyon puis s’installe à Paris où, grâce au concours de Richelieu, il se met au service de Louis XIII qui le nomme peintre du roi en 1635. Ce titre lui donne accès à un logement aux galeries du Louvre et au versement d’une pension annuelle.
Durant ces années françaises, il connaît un certain succès, en particulier grâce à ses peintures sur supports précieux (albâtre, lapis-lazuli, onyx… voir ill. 6) et sa participation à de nombreux chantiers de décoration prestigieux (la chapelle du château de Saint-Germain-en-Laye, le palais de Richelieu…). Il développe alors un style plus personnel, très marqué par Poussin, et participe à l’essor de l’atticisme dans les années 1640-1660.

Jésus-Christ ressuscité apparaissant à sa mère (1640 - 1645)
Huile sur albâtre, 31 x 40 cm
Paris, Musée du Louvre
Jacques Stella meurt au Louvre le 29 avril 1657 à l'âge de 60 ans. Il laisse derrière lui un héritage considérable, notamment grâce à ses nièces, graveuses, qui participent grandement à la diffusion de son style.
Encadrement et rapport d’état
La feuille est collée en plein sur un montage de type Mariette du XVIIIe siècle et encadrée par nos soins dans un beau cadre d’époque Louis XIV (37,2 x 33,4 cm). Notre dessin est en excellent état de conservation et ne présente aucun défaut notable.

(1) Jacques Thuillier, Jacques Stella, Paris 2006, p. 271-281
(2) Frits Lugt, Les Marques de collections de dessins et d’estampes, (L. 2956a)