Polidoro CALDARA, dit
POLIDORO da CARAVAGGIO
(Caravaggio, 1499 - Messine, 1543)
La Vierge à l’Enfant accompagnée du petit saint Jean-Baptiste
Vers 1530-1540
Plume et encre brune - 5,5 x 6 cm
Cadre doré a cassetta in pastiglia - 19 x 19 cm
Nous remercions chaleureusement le professeur Pierluigi Leone de Castris d’avoir confirmé l’attribution de notre dessin à Polidoro da Caravaggio. Spécialiste de notre artiste, il a publié, entre autres, son dernier catalogue raisonné (Polidoro da Caravaggio - L’opera Completa, Naples 2001).
Notice de l'œuvre
Bibliographie générale :
- Pierluigi Leone de Castris, Polidoro da Caravaggio - L’opera Completa, Naples 2001
- Pierluigi Leone de Castris (sous la direction de), Polidoro da Caravaggio fra Napoli e Messina, Milan 1988
- Dominique Cordellier, Polidoro da Caravaggio, Paris 2007
Une œuvre inédite de « Polidoro, ce talent original et agile » (Vasari)
Notre dessin constitue une découverte : acquis comme anonyme, nous avons pu l’attribuer avec certitude à Polidoro da Caravaggio, grâce au concours du professeur Pierluigi Leone de Castris.
Né dans la ville de Caravaggio en 1499, Polidoro gagne Rome où il travaille d’abord comme ouvrier au Vatican. Là, il se lie d’amitié avec les peintres Perin del Vaga (1501-1547), Giovanni da Udine (1487-1561) et Giulio Romano (1499-1546) qui le font entrer au service de leur maître : Raphaël. C’est donc au sein du plus prestigieux atelier de son temps que le jeune Polidoro da Caravaggio apprend son métier de peintre en participant, notamment, aux décorations des Loges du Vatican pour le pape Léon X, entre 1517 et 1518.

Autoportrait
Sanguine - 13 x 10 cm
Paris, Fondation Custodia
À partir de 1522, il s’associe à Maturino da Firenze (1490-1528) avec qui il se spécialise dans la réalisation de peinture de façade de palais en clair-obscur, à l'imitation des bas-reliefs antiques. Cette activité forge la célébrité des deux artistes dans la Ville Éternelle (Vasari mentionne trente-deux réalisations dans ce genre).
Suite au sac de Rome de 1527, il part se réfugier à Naples puis, il gagne Messine où il rencontre un vif succès, aussi bien comme peintre que comme architecte. Il y travaille pour les mécènes les plus prestigieux comme Ettore Pignatelli, le vice-roi de Sicile, ou Charles Quint lui-même pour qui il réalise des décors pour son entrée triomphale à Messine en 1535.
En 1543, alors que Polidoro avait rassemblé une importante somme d’argent dans le but de rentrer à Rome, il est assassiné par un de ses élèves qui lui dérobe son butin.
Si ses fresques des palais romains, souvent copiées et gravées et qui ont forgé sa renommée dans toute l’Europe, ont aujourd’hui presque entièrement disparu, il nous reste un important corpus de ses dessins qui, chose rare, ont été collectionnés par les amateurs dès le XVIe siècle. Ainsi, un des plus anciens collectionneurs connus de dessins, Francisco de Holanda (vers 1517-1584), possédait plusieurs feuilles de Polidoro da Caravaggio.
Un trait vif et aigu, emblématique du style graphique tardif de Polidoro
La présente feuille montre une étonnante représentation de la Vierge à l’Enfant et du petit saint Jean-Baptiste. Leurs figures, exécutées par une plume sûre et vigoureuse, présentent des physionomies très stylisées, aux proportions exagérément allongées et aux traits inquiétants, presque simiesques. Cette stylisation accrue confère une étrangeté certaine à l’ensemble, renforcée par un fort clair-obscur créé par un savant réseau de hachures nerveuses.
Si Polidoro se démarque très rapidement de Raphaël pour développer un maniérisme insolite proche de Rosso (1495-1540), un tel niveau de stravaganza n’est atteint que dans sa production graphique tardive et, en particulier, dans ses dessins à la plume, où les « signes rudes ou brusques, se font vibrants, et les figures, larvaires »(1). La présente feuille peut ainsi être rapprochée de Saint Roch bénissant un pestiféré (ill. 2) et d’Études pour un saint Jean-Baptiste (ill. 3), deux dessins que Pierluigi Leone de Castris situe dans la quatrième décennie du XVIe siècle(2). Nous nous proposons donc de dater notre feuille à la même époque, c'est-à-dire durant la période sicilienne de l’artiste.


Encadrement et rapport d’état
Notre feuille est collée en plein sur un ancien montage annoté, au dos, « Palma » et « Le Vieux », sans doute dans deux écritures différentes. Nous l’avons fait monter dans le goût de Mariette et fait encadrer dans un élégant cadre a cassetta in pastiglia (19 x 19 cm).

Elle est dans un excellent état de conservation et ne présente pas de défaut notable.
(1) Dominique Cordellier, Polidoro da Caravaggio, Paris, 2007, p. 13
(2) Pierluigi Leone de Castris (sous la direction de), Polidoro da Caravaggio fra Napoli e Messina, Milan, 1988, p. 191