Guillaume COURTOIS, dit IL BORGOGNONE (Saint-Hippolyte, 1628 - Rome, 1679)
La Conversion de saint Paul
Lavis brun sur pierre noire
27,5 x 20,3 cm (45 x 37,5 cm avec le cadre)
Notice de l'œuvre
Bibliographie comparative :
Dieter Graf, Kunstmuseum Düsseldorf, Die Handzeichnungen von Guglielmo Cortese und Giovanni Battista Gaulli, Vol. II, Düsseldorf 1976, pp. 64-65
Un dessin enlevé et tumultueux, typique du baroque romain
La conversion de saint Paul nous est narrée dans le livre des Actes des apôtres du Nouveau Testament. Alors qu’il est en route pour Damas, le saint, encore légionnaire et persécuteur des premiers chrétiens, voit le Christ lui apparaître sous forme de lumière. Aussitôt, il tombe de son cheval et est frappé de cécité. Désormais converti, il est baptisé trois jours après par saint Ananie qui lui rend la vue. Ce récit a été représenté à maintes reprises par les artistes baroques qui, fidèles aux préceptes de la Contre-Réforme, peignaient nombre de récits bibliques édifiants, exaltant la foi catholique.
Guillaume Courtois dessine ici la scène à son acmé : ébloui par la lumière divine, Paul, inconscient, vient de tomber de son cheval encore cabré. Tandis qu’un de ses camarades tente de lui venir en aide, les autres légionnaires s’agitent dans une grande confusion, effrayés par le miracle. La grande vivacité du pinceau mêlé au fort clair-obscur rendu par un lavis très contrasté accentuent le dramatisme de l’ensemble. Les témoins du miracle sont traités comme une masse bouillonnante au pied de laquelle gît la figure du saint, baignée dans un halo de lumière (ill. 1).

Outre cette grande vigueur de traitement, notons la rareté de la technique employée. Il Borgognone a d’abord, très rapidement, tracé les grands contours de sa composition à la pierre noire sur lesquels il a ensuite appliqué l’encre au pinceau, dans un geste proche de celui d’un peintre. Remarquons que seule la figure du Christ, en haut à gauche de notre feuille (ill. 2), n’a pas été recouverte d’encre. Ce procédé rend sa présence à peine palpable, renforçant le caractère miraculeux de son apparition.

Guillaume Courtois, peintre romain
Comme son frère aîné, le peintre de batailles Jacques Courtois (1621-1671), Guillaume naît à Saint-Hippolyte, ville appartenant alors au comté de Bourgogne. Il effectue toute sa carrière à Rome où il s'installe dès son enfance avec sa famille, fuyant la peste et la Guerre de Dix Ans.

Autoportrait
Huile sur toile - 48 x 38 cm
Besançon, musée des beaux-arts et d'archéologie
Il se forme dans l’atelier de Pierre de Cortone (1597-1669) dont l’influence marque profondément son style. C'est dans une manière « cortonesque, animée et sonore »(1), que Guillaume Courtois, sous la direction du Bernin (1598-1680), produit nombre de décors dans des églises et des palais édifiés sous le pontificat d'Alexandre VII Chigi (1599-1667).
Citons, parmi les exemples les plus emblématiques, la Crucifixion de Saint André pour l’église Saint André du Quirinal (ill. 4), La Bataille de Josué de la galerie du Palais du Quirinal ou encore ses tableaux monumentaux, réalisés en collaboration avec Gaspard Dughet(2) (1625-1675), pour la “salle du prince” du palais Doria-Pamphilj.

du Bernin de l’église de Saint André du Quirinal à Rome
S’il est très influencé par la manière de son maître, il parvient à développer son propre style, très apprécié par ses contemporains. Ses tableaux, brillamment colorés et fortement contrastés, servis par une touche large et une matière savoureuse, ainsi que ses dessins, pour beaucoup attribués jusqu’à récemment à Giovanni Lanfranco(3) (1592-1647), font de lui, avant peut-être Ciro Ferri (1634-1689) et Lazzaro Baldi (1624-1703), un des plus brillants élèves de Pierre de Cortone.
Œuvres à rapprocher de la nôtre
Le même sujet a été traité par Guillaume Courtois dans une autre feuille (ill. 5). Si la composition et le traitement diffèrent (absence de plume pour notre dessin, pour un rendu plus vif), notons la proximité des figures des deux feuilles.

La Conversion de Saint Paul
Plume et lavis d’encre brune
Collection particulière
Nous retrouvons cette grande vigueur de traitement dans de nombreux dessins de l’artiste, et notamment dans sa Crucifixion de Saint André (ill. 6) du Kunstmuseum de Düsseldorf, préparatoire au tableau de l’église de Saint André du Quirinal à Rome, mentionné plus haut.

La Crucifixion de Saint André
Lavis gris sur pierre noire
Düsseldorf, Kunstmuseum
Encadrement et rapport d’état
Notre feuille est en très bon état de conservation. Nous l'avons fait monter à la manière de Mariette et fait encadrer dans une baguette dorée patinée.

La Crucifixion de Saint André
Lavis gris sur pierre noire
Düsseldorf, Kunstmuseum
(1) F. A. Salvagnini, Le pitture di Guglielmo Courtois (Cortese) e la loro casa in Piazza di Spagna, Rome 1937
(2) Gaspard Dughet en exécuta les paysages et Guillaume Courtois les personnages
(3) Dieter Graf, Kunstmuseum Düsseldorf, Die Handzeichnungen von Guglielmo Cortese und Giovanni Battista Gaulli