Le MAÎTRE des MARTYRES
(actif à Naples lors de la première moitié du XVIIe siècle)
Le Martyre de saint Laurent
Huile sur toile - 62,5 x 76 cm
Cadre italien du XVIIe siècle (80,8 x 94 cm)
Nous remercions chaleureusement le professeur Pierluigi Leone de Castris de nous avoir confirmé l’attribution de ce tableau. Historien de l’art, entre autres grand spécialiste de la peinture napolitaine, on lui doit les premières études sur notre artiste.
Notice de l'œuvre
Bibliographie comparative :
- P. Leone de Castris, « Maestro dei martiri », dans Il Barocco a Lecce e nel Salento, catalogue de l'exposition, sous la direction de A. Cassiano, Lecce, 1995, p. 64
- G. Porzio, « Martirio di San Stefano », dans Il Museo Diocesano di Napoli. Percorsi di fede e arte, catalogue sous la direction de Pierluigi Leone de Castris, Naples, 2008, p. 134-135, n° 42
Une œuvre inédite d’un artiste rare, encore à découvrir
Notre tableau constitue une découverte : acquis comme anonyme, nous avons pu le rendre avec certitude au Maître des Martyres, grâce au concours du professeur Pierluigi Leone de Castris, le premier à avoir étudié cet artiste napolitain actif lors de la première moitié du XVIIe siècle.
Son corpus connu, très restreint, est principalement composé de scènes de martyres, d’où il tire son nom de convention. Si ce maître reste à identifier, nous savons qu’il appartient au même groupe d'artistes que Filippo d'Angeli (1600-1660), François de Nomé dit Monsù Desiderio (vers 1593 - après 1623) (ill. 1) et Cornelio Brusco (1606-1620), dont il a sans doute été l’élève(1). Il partage avec eux de nombreuses similitudes stylistiques : un certain goût pour le ténébrisme, une touche vive souvent visible et des figures aux proportions exagérément allongées, encore empreintes de maniérisme.

Vue architecturale fantastique
Huile sur toile
Metz, Musée de la cour d’or
Un sujet violent traité avec fougue
En 258, le diacre Laurent de Rome est martyrisé pour avoir distribué aux pauvres les richesses de l'Église convoitées par l'empereur Valérien. Condamné par le préfet de Rome à se consumer longuement sur un gril, saint Laurent reste miraculeusement insensible à la douleur. Selon Jacques de Voragine, il aurait même nargué son bourreau en lui déclarant : « Eh bien, tu m’as suffisamment rôti d’un côté, retourne-moi de l’autre côté, après quoi je serai à point ! »(2).
Cet étonnant tableau, par son traitement fougueux, caractérisé par un pinceau vif, appliqué en touches visibles et nerveuses, rend toute la violence du sujet. L’artiste y représente la scène à son acmé : sur le point de succomber, Laurent, représenté dans un audacieux raccourci et baigné d’un violent clair-obscur, tend le bras vers le ciel pour recevoir de deux anges entrelacés la couronne et la palme des martyrs.
Ses bourreaux, affairés, se contorsionnent autour du saint supplicié tandis que d’autres groupes épars de soldats encadrent la scène. L’ensemble est complété par d’inquiétantes figures en toge, dont la présence, quasi fantomatique, est à peine suggérée par quelques vifs coups de pinceau (procédé que l’on retrouve dans nombre de tableaux de François de Nomé). Trônant en haut à gauche de la composition, le préfet, accompagné d’un conseiller, ordonne le châtiment. Il est surplombé d’un grand rideau rouge auquel répond l'étendard du cavalier ; cet effet théâtral renforçant le dramatisme du martyre.
Œuvres en rapport
Si le corpus du Maître des Martyres reste encore, dans sa majorité, à découvrir, ses quelques œuvres connues nous ont permis de lui attribuer notre tableau avec certitude, tant ses caractéristiques stylistiques sont marquées et aisément identifiables.
Citons, en particulier, deux toiles : la première (ill. 2) du musée diocésien de Naples, publiée en 2008(3), et la deuxième (ill. 3), d’une collection particulière, aussi un martyre de saint Laurent, dont la composition est très proche de la nôtre.

Le Martyre de saint Ètienne
Huile sur toile
Naples, Museo Diocesano

Le Martyre de saint Laurent
Huile sur toile
Collection particulière
Nous y reconnaissons, sans difficulté, les caractéristiques propres au Maître des Martyres et présentes dans notre œuvre. Relevons, entre autres, une touche nerveuse et visible, des effets de lumière violents et des physionomies très marquées, aux bras exagérément allongés et aux mains semblables à des pinces de crabe ; caractéristiques que l’on retrouvera plus tard chez nombre de maîtres napolitains, comme Carlo Coppola (documenté entre 1653 et 1665) ou Domenico Gargiulo dit Micco Spadaro (1610-1675).
Rapport d’état et encadrement
Notre tableau est en excellent état. Il a été rentoilé (sans doute au XIXe siècle) et comporte quelques légers repeints dans le décor architecturé. Malgré son rentoilage, le tableau conserve une très belle matière notamment visible dans les empâtements encore bien présents. Pour en faire ressortir toutes les qualités, nous l’avons confié à un restaurateur qui a supprimé les repeints anciens et remplacé le vernis alors chanci.
Nous avons fait encadrer notre tableau dans un cadre italien du XVIIe siècle (80,8 x 94 cm).

(1) Pierluigi Leone de Castris, dans Il Barocco a Lecce e nel Salento, catalogue de l'exposition sous la direction de A. Cassiano, Lecce, 1995, p. 64
(2) Jacques de Voragine, La Légende dorée (1221-1226), traduction de T. de Wyzewa, Paris, Perrin et Cie, 1910, p. 423
(3) G. Porzio, dans Il Museo Diocesano di Napoli. Percorsi di fede e arte, catalogue sous la direction de Pierluigi Leone de Castris, Naples, 2008, p. 134-135, n. 42