Venise, début du XVIIe siècle
Samson capturé par les Philistins (?)
Venise, début du XVIIe siècle
Plume et encre brune sur traits de pierre noire
Inscriptions anciennes à la plume au verso (comptabilité ?)
14,2 x 24,5 cm
Cadre d'époque Louis XVI - 24 x 34 cm
Un dessin anonyme à situer dans la Venise du Seicento naissant
Torse nu, un genou à terre, la figure centrale est entourée de quatre soldats en train de l’attacher. Derrière lui, apparaît un personnage de face dont on aperçoit le visage et le long habit dont le drapé encadre l’homme entravé. À gauche de la composition, un autre guerrier, très rapidement esquissé, marche triomphalement sur un corps étendu, dont le crâne semble blessé. Au fond à droite, des boucliers à peine tracés suggèrent la présence d'autres soldats.
Le style graphique du présent dessin nous oriente immédiatement vers la Venise du tournant des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles. Les physionomies, notamment celle du personnage central, évoquent directement Tintoret et Palma le Jeune (1544-1628), mais dans une écriture plus tourmentée et synthétique qui apparaît plus tardive et déjà tournée vers le Baroque émergent. Ce style libre et bouillonnant nous semble notamment proche de celui de Padovanino (1588-1649) et du Maître de l’album Palma de Munich, parfois identifié comme Antonio Cecchini (1600-1687)(1), mais sans qu’une main puisse être identifiée avec certitude.
Un sujet soumis à conjecture
Si aucun élément de cette composition ne nous permet d’identifier un sujet de façon certaine, une première analyse nous pousse à y reconnaître Samson capturé par les Philistins. Cet épisode du Livre des Juges (Jg 13, 1 à 16, 31) narre le moment où Samson, trahi par Dalila et privé de sa chevelure, source de sa force surhumaine, est capturé par plusieurs guerriers philistins qui l’enchaînent avant de lui crever les yeux. L’homme torse nu à la musculature héroïque ne serait autre que le héros juif et la figure visible derrière lui pourrait alors être Dalila. Il est, en outre, intéressant de relever les similitudes dans les poses des figures que comporte le dessin avec une gravure d’après Titien représentant le même sujet (ill. 1). Toutefois, cette lecture explique mal la fonction du groupe de gauche, avec le soldat piétinant un cadavre. Peut-être faudrait-il voir plutôt le martyre d’un saint ou, encore plus simplement, des soldats enchaînant un prisonnier après une bataille ?

Samson capturé par les Philistins
Gravure sur bois
Quoi qu'il en soit, l’artiste, par la facture singulière du dessin, rend compte de toute la violence du sujet. Les figures, représentées tout en contorsions et en raccourcis, sont rendues de manière synthétique par une plume nerveuse et enlevée : la scène nous est montrée comme prise sur le vif, dans toute sa tension et sa confusion. Cette grande vivacité de traitement associée aux formes simplifiées des figures confère au dessin une facture très moderne (osons cet anachronisme !).
(1) Voir notamment Bert W. Meijer, Il disegno veneziano 1580-1650, Ricostruzioni storico-artistiche, Florence, 2017, p. 109-119 et 311-326